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jeudi 24 juillet 2008

Amiante : un ancien médecin du travail au port de Dunkerque mis en examen

 Marcel Suszwalak préside l'APDA-CGT, l'association des professions portuaires de Dunkerque, à l'origine des plaintes de 2004. :  La Voix du Nord Marcel Suszwalak préside l'APDA-CGT, l'association des professions portuaires de Dunkerque, à l'origine des plaintes de 2004. : La Voix du Nord

Un ancien médecin du travail chargé de surveiller la santé des dockers du port de Dunkerque entre 1970 et 1995 a été mis en examen pour homicides et blessures involontaires et non-assistance à personnes en péril. Dans le dossier de l'amiante, c'est, en France, la seconde mise en examen de ce genre.

En 2004, 15 veuves de dockers, membres de l'APDA-CGT (Association des professions portuaires CGT du port de Dunkerque pour la défense des victimes de l'amiante) et l'association elle-même, présidée par Marcel Suszwalak, ont déposé plainte contre l'État pour empoisonnement et mise en danger de la vie d'autrui.

Mardi après-midi, Marie-Odile Bertella-Geffroy, juge d'instruction au pôle de santé publique de Paris, a mis en examen le Dr Françoise Bézu pour homicides involontaires, blessures involontaires et non-assistance à personnes en péril (1).

Vers « d'autres mises en cause »

Retraitée depuis 2005, elle a exercé pendant vingt-cinq ans, jusqu'en 1995, la surveillance médicale des dockers. Pendant des années, Dunkerque était le principal port d'importation d'amiante. Inhaler les fibres de ce minéral peut provoquer des maladies graves, voire mortelles comme le cancer du poumon ou de la plèvre.

L'audition des familles des victimes et l'examen des documents saisis par les enquêteurs de la cellule régionale « amiante » au cours de perquisitions ont, entre autres, permis à la juge de bâtir son dossier.

Avocat des victimes, Me Michel Ledoux explique : «  On reproche au Dr Bézu une insuffisance d'action, des fautes caractérisées, des imprudences, des négligences particulièrement graves dans le cadre de sa mission. Son rôle consistait à éviter toute altération de la santé des salariés du fait de leur travail. L'employeur reste toutefois le principal responsable de la santé de ses salariés : il a une obligation de sécurité. » De ce fait, «  on peut s'attendre à d'autres mises en cause dans ce dossier » au port autonome et dans les sociétés de manutention.

Marcel Suszwalak «  espère que l'on ne va pas en rester là » : «  La suite logique veut qu'il y ait d'autres mises en examen. » «  C'est comme dans le Tour de France. On a passé les Pyrénées. Maintenant, on va attaquer les Alpes pour arriver à Paris pour le procès. » Les victimes et les associations de défense réclament un procès correctionnel. Selon elles, il mettrait en lumière toute la chaîne des responsabilités dans la contamination par l'amiante : 3 000 morts par an en France.

« Dans le respect des règles »

Le Dr Bézu est le second ex-médecin du travail à avoir été mis en examen en France. Le premier, en octobre, était le Dr Claude Rafaéli, ancien médecin du travail des usines Ferodo-Valéo à Condé-sur-Noireau (Calvados).

Défenseur du Dr Bézu, Me Emmanuel Dewees déclare : «  Ma cliente a bien fait son travail dans le respect des règles de l'époque. Elle a fait remonter ses informations auprès de son employeur (une organisation patronale de la manutention) et des autorités sanitaires. Elle est prête à s'expliquer, mais le débat doit concerner tous ceux qui ont eu des responsabilités dans le dossier de l'amiante (assurance maladie, inspection du travail, élus, ministres...). » • LAURENT LEYS

1. - Une personne mise en examen reste innocente jusqu'à ce qu'une juridiction l'ait reconnue coupable.

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